Le Potager expérimental de Valanec Uhel (première partie)


vue générale du potager de Valanec Uhel avril 2010Photo 1 : Vue générale – avril 2010

∗ Tout biologique
∗ Culture intensive et sans labour
∗ Inscrit à Terra Natura

Le dilemme
Certains travaux au potager perdent leur attrait au bout d’un moment! Bêcher, biner et sarcler, se baisser pour récolter fraises et haricots, éclaircir des carottes, buter des pommes de terre dans un sol pauvre, schisteux, et caillouteux … un sol qui a, d’ailleurs, tendance à durcir et à sécher en été dès qu’il contient un peu d’argile.

La visite des prédateurs manque de charme également. Sans parler des escargots, loches et chenilles, nous accueillons des lapins occasionnels, de rares chevreuils, et beaucoup, beaucoup d’oiseaux. Naturellement, nous voulons protéger la faune et la flore, et favorisons la biodiversité, mais non pas parmi nos salades !

Mon terrain, qui a l’avantage d’être bien exposé « sur le versant sud de Hanvec », est en fait trop dénivelé pour se prêter à une culture facile. Dans son extrémité nord-ouest le rocher est presqu’à nu. Plus bas il y a un mètre de  terre noire. Mais ce coin du potager, sérieusement en contrebas, quoique protégé des vents, souffre d’une exposition au soleil qui pose problème en fin de journée.

Aussi, le potager est entouré de talus et de haies sur deux côtés, et il faut constamment lutter pour contrôler leurs racines (celles des frênes étant les plus envahissantes). [photos 2-3]

photos 2-3 : terrain désigné pour devenir le potager en 2002-3

Une solution
A moins de faire apporter 10 camions de terre (sachant que la bonne terre est rare), et de faire des murs de soutènement importants, j’ai conclu qu’il serait plus facile de créer un potager composé essentiellement de planches surélevées, ou de bacs. Non seulement est-ce que j’y trouvais une solution à l’ensoleillement et à la planimétrie, mais cette approche comportait de nombreux avantages. La technique est ancienne, et a été encouragée par beaucoup de publications ces dernières années. L’empressement récent de certaines jardineries à vendre des bacs et des accessoires témoigne aussi de l’attrait du système (voir par exemple la nouvelle gamme d’accessoires pour “raised beds” de Harrods en Angleterre : http://www.harrodhorticultural.com/HarrodSite/category/Raised_Bed_Gardening_Raised_Bed_Essentials/).

En 2004 j’avais déjà construit trois bacs de semis « en dur » (qui servent aussi pour les salades), et une serre bien exposée, mais le reste du potager consistait en planches traditionnelles [photo 4].

photo 4 : serre et bacs de semis – construction 2004

Mes deux premiers bacs surélevés ont été construits (à partir de matériaux de récupération) en l’été 2009, afin de cultiver carottes, betteraves et poireaux [photo 5]. Les trois derniers ont été ajoutés au cours de l’automne 2009 et du printemps 2010, et servent initialement pour les fraises, pommes de terre primeurs, panais, et échalotes [photo 1].

Le fond du potager sera mis à niveau d’ici l’été 2010 avec des billes de sapin pour soutenir la terre. Le bois pourrira, évidemment, mais l’ensemble formera un talus et empêchera pendant quelque temps les grosses racines de passer [photo 6].

photo 5 : les trois premiers bacs surélevés, fin 2009

photo 6 : démarrage du « mur » de soutènement en billes de sapin

Avantages/inconvénients des planches surélevées
Voici, en bref, les avantages que j’y ai constatés :

* exposition : un potager composé de planches surélevées peut être construit de niveau, et donc mieux profiter du soleil ; la terre reste plus chaude dans un bac et prolonge la saison de la culture si les parois sont isolantes ;
* moins de nuisibles : on dit que la mouche de la carotte ne vole pas au-dessus de 40 cm du sol – c’est à voir – et les loches n’aiment pas marcher sur le paillage (paille de lin) dans les allées et grimper 50 cm à la verticale ;
* repos du jardinier : on peut poser une fesse (sinon deux) sur le rebord tout en travaillant la planche ou en ramassant les fruits/légumes ; on se baisse un peu moins – tout dépend, évidemment, de la hauteur des bacs – et on passe moins de temps à genoux ;
* exactitude : le calcul du rendement de la planche est plus précis : j’ai remarqué que beaucoup d’amis ont du mal à calibrer leur production. On n’échappe pas, bien sûr, aux aléas des saisons, mais il y a des moments de surabondance par mauvais calcul. Ce qui donne lieu à du gaspillage et à une perte d’effort ;
* sans labour : moins de bêchage ! Le sol étant amendé avec une couche de compost/fumier/un engrais vert pendant les mois de repos, la terre est travaillée en douceur par les vers ;
* propre : on ne marche plus dans la gadoue ;
* cultures intensives : si la terre (amendée et tamisée à la surface) est bien préparée, on peut faire une culture plus intensive que d’ordinaire – jusqu’à doubler le rendement par m2 ;
* terre meuble : il va sans dire que la terre des planches n’est jamais compactée, car on se déplace uniquement dans les allées qui séparent les planches ;
* protections : il n’est pas difficile de protéger les cultures avec du voile de croissance ou même des filets ; on voit des systèmes superposés sur les planches (ils sont de plus en plus élaborés dans les jardineries sur Internet). En plus, si on laisse un petit rebord, les plantes souffrent moins du vent ;
* arrosage : l’arrosage est limité à la surface des planches, et l’humidité est mieux conservée par le bac si celui-ci est correctement construit. Lorsqu’on amende avec du purin (d’orties ou de consoude – la meilleure variété de consoude est le Bocking 14, qui ne prolifère pas: voir liens en seconde partie pour un producteur local) on n’en met que sur l’espace cultivé. On peut même installer un système d’irrigation qui ne disperse pas l’eau inutilement ;
* rotation : la rotation entre les cultures est plus facile à planifier, car le travail avec des bacs est plus ordonné qu’en pleine terre. Beaucoup de gens cultivent « en petits carrés » dans chaque bac.

photo 7 : nouvelles planches en construction, automne 2009

Quant aux inconvénients, le temps le dira peut-être. Je ne préconise pas l’utilisation de bacs pour toutes les cultures. Il est manifestement plus économique de cultiver des pommes de terre en quantité (la récolte principale) et des plants envahissants (potiron, courgette) en pleine terre [photo 7]. Heureusement, la configuration de mon potager se prête à la création de planches plus larges « en haut » de la pente, et l’emplacement des bacs surélevés « en bas ».

On peut craindre l’installation de maladies dans un bac – entraînant la nécessité de le vider et de purifier la terre – mais nous avons jusqu’à présent peu d’informations là-dessus.

Peut-être qu’avec le temps les bacs exigeront plus d’entretien que prévu. D’autres utilisateurs rapportent que leurs bacs ont duré plus de 20 années. Je pense que tout doit dépendre de la qualité de leur construction initiale.

Cette conception des bacs, et l’approche systématique et contrôlée que je décris, sont appelées à évoluer selon l’expérience récoltée. C’est pour cela que je décris ce potager comme « expérimental ».

La Suite – avec détails de construction et références – sera publiée prochainement.

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